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- Une création partagée - 

Un jour nous avons rêvé d’une création partagée, d’une petite chose précieuse bien à nous, mais qui ne serait ni une oeuvre inaccessible, ni une forme rare mais incompréhensible. Cette création nous l’imaginions riche, mais d’une richesse faite de rencontres, d’instants partagés, d’expériences inédites. Pour cela il convenait d’inverser les règles et de concilier l’aventure artistique avec un projet humain et solidaire. La Biennale d’art contemporain nous en a donné l’occasion.
Avec l’Art sur la Place, l’expérience s’est peu à peu révélée un formidable terrain d’expérimentations permettant au plus grand nombre et particulièrement à des publics en difficulté de prendre une part importante, active et visible à un projet artistique d’envergure. En associant un artiste plasticien à des publics inattendus, en mobilisant des quartiers, des travailleurs sociaux, des équipements socioculturels pendant plusieurs mois, nous prenions le pari qu’un processus de création naîtrait de ces différences.
L’Art sur la Place est en effet une création partagée qui met en oeuvre des ressources et des compétences multiples, des métiers, des goûts, des regards, des croyances et des attitudes qui n’ont que trop peu l’occasion de se croiser et moins encore de collaborer toutes ensemble à un projet commun. En 2005, des rencontres entre des centres d’arts et un hôtel social, entre des travailleurs handicapés et des scénographes, entre un foyer Sonacotra, régies de quartiers et des artistes plasticiens ont permis d’inventer, autour du thème de la durée, les projets les plus étonnants, déjantés, sympathiques et interrogateurs. Il y sera question tour à tour "d’échangeur temporel", "d’interminable couloir du temps", de sculptures végétales, de spermatozoïdes géants et de la fragilité de notre existence.
Trois jours durant les 30 septembre, 1er et 2 octobre, les acteurs de l’Art sur la Place, artistes et inventeurs de formes vous convient à partager leur enthousiasme poétique celui qui peint volontiers en bleu la grisaille de notre quotidien, qui révèle la grande dignité, l’inventivité d’hommes et de femmes parfois en difficulté, et l’implacable force de la créativité.
Une ligne de bus imaginaire vous attend pour un surprenant voyage dans le temps, dans notre temps, celui de tous les dangers, de toutes les couleurs et de tous les espoirs.

Thierry Raspail
Directeur Artistique
de la Biennale d’art contemporain de Lyon

- Le mode d'emploi -

Un an avant le ralliement rue de la République, tout commence par la diffusion d’un appel à projet accompagné d’un cahier des charges artistique et technique à plus de 2000 artistes et organismes – collectivités territoriales, associations, centres d’art, équipements socioculturels, entreprises d’insertion… “Il s’agit aussi bien de susciter des projets que d’informer les partenaires potentiels de l’Art sur la Place”, expliquent Stéphanie Claudin et Xavier Phélut, coordinateurs de l’Art sur la Place pour la Biennale.
Pour chaque projet, une équipe se constitue à partir d’un artiste et d’un opérateur-porteur de projet. “A l’artiste le rôle de directeur artistique ; à l’opérateur de gérer l’organisation générale du projet. C’est l’opérateur qui, en fonction de ses spécificités, est garant de la mobilisation des participants autour de l’artiste”. Autour d’un thème fixé par la Biennale – la temporalité pour l’édition 2005 –, l’artiste a pour mission d’organiser des rencontres entre les citoyens à partir de la mise en place d’ateliers. “C’est l’occasion pour des gens a priori éloignés des problématiques artistiques de croiser leur regard avec ceux qui ont une appréhension différente de la vie”, soulignent les coordinateurs. “Ces échanges modifient aussi bien la perception de l’artiste que celle des participants”.
“Attention, l’Art sur la Place, n’est pas une création signée par le seul artiste, c’est un travail collectif qui s’enrichit de l’apport de tous, c’est une création partagée, une forme dont s’emparent les participants qui la développent et ouvrent des pistes. Il y a toujours une évolution entre l’idée de départ et la façon dont chacun se réapproprie le projet”.
Le rôle des coordinateurs est d’accompagner les groupes, de l’envie de postuler - aide et conseils sont prodigués lors de l’élaboration des projets - jusqu’au retour des bus dans leurs « quartiers » d’origine. Chaque projet est également documenté précisément à partir de visites régulières aux différents ateliers, de photographies, d’enregistrements vidéos et sonores, d’un catalogue… “L’enjeu de l’Art sur la Place, c’est de rendre visible un processus d’échange qui bouleverse tous les participants. Il s’agit d’engranger toute la mémoire possible des projets, de garder la trace de ce processus extraordinaire qu’est la collaboration entre un artiste et des citoyens qui, pour s’enrichir mutuellement, acceptent d’aller à la rencontre des autres”.